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L’étude de la donnée dans notre société hyperconnectée

Depuis les années 1990 et l’expansion d’Internet, notre environnement hyperconnecté a progressivement modifié notre relation à l’information. De nouvelles typologies de comportements ont émergé aussi bien lors des phases de production que d’échange ou de lecture de la donnée, produisant… 
– Extrait du Livre Blanc 10h11 « Time is data » –

Depuis les années 1990 et l’expansion d’Internet, notre environnement hyperconnecté a progressivement modifié notre relation à l’information. De nouvelles typologies de comportements ont émergé aussi bien lors des phases de production que d’échange ou de lecture de la donnée, produisant des besoins sociaux, physiologiques, et économiques inédits. Une grande partie de la population est aujourd’hui surconnectée, notamment grâce à la simplification de l’accès à Internet, à la démocratisation des smartphones et tablettes ou encore l’émergence des objets connectés.En ce sens, l’agence de marketing numérique Tecmark a publié une étude qui nous apprend que l’on consulte notre smartphone en moyenne 221 fois par jour, ce qui correspondrait à 3h16 de notre temps. à titre de comparaison, l’opérateur britannique O2 précise dans une autre étude que nous n’interagissons que 97 minutes par jour avec notre compagnon. 

Sergueï Brin, cofondateur de Google, prédit que l’hyperconnexion dont nous sommes sujets pourrait être créatrice « d’un troisième hémisphère dans notre cerveau ». Les nouveaux usages sur le web, comme les likes ou les tweets1 , sont désormais assimilés à des modes de communication à part entière. Les réseaux sociaux, lieux d’échanges, deviennent hétérogènes et plus que jamais un canal entre le virtuel et le réel. à ce stade, il est nécessaire d’analyser les comportements que nous pouvons observer dans les phases de production, de consommation et d’échange de la donnée.

La donnée produite

> La production naturelle

Comme nous l’avons évoqué précédemment, nous sommes devenus des producteurs de données par le biais de la démocratisation du numérique dans notre quotidien. Nous produisons de l’information, parfois sans y prêter attention, sous forme de données brutes. Même si 80 % des Français sont conscients qu’ils génèrent une trace numérique, 70 % n’envisagent pas de modifier leurs comportements et leurs usages des outils numériques. à première vue, nous pourrions penser que ce type d’usages témoigne d’une gestion et d’une production non maitrisées des données personnelles. à titre d’exemple, la géolocalisation, les paiements par carte bancaire et l’utilisation des moteurs de recherche sont des comportements générateurs de données sur nos modes de vie. Cependant, certains développent une production maitrisée et réfléchie de leurs données. Elles deviennent alors un moyen de communiquer sur soi.

 

> La production personnelle

Nous n’avions pas idée de compter notre nombre d’amis, Facebook nous a appris à le faire. Nous ne mesurions pas le nombre de kilomètres parcourus dans la journée, Fitbit le fait pour nous. Cette méthode de production de la donnée n’est pas seulement un effet de mode, c’est l’émergence et l’ancrage d’un nouveau type de comportement humain. Quels intérêts avons-nous à être créateur d’un « moi » numérique ? La pratique du quantifiedself peut être vue comme un besoin de se connaître soi-même et une nécessité de maîtriser ses données personnelles de leur fabrication à leur diffusion. Ces données sont un moyen de créer son identité virtuelle pour soi-même et à destination des autres. C’est la réalisation d’un autoportrait chiffré : les données deviennent notre miroir numérique. Ainsi, certains tentent de mieux maîtriser leur identité numérique. Une étude du Pew Institute révèle qu’un adolescent américain sur deux désactiverait la géolocalisation de son smartphone pour un meilleur contrôle de ses données. Un équilibre peut-il être trouvé dans la production de nos données personnelles ?La production de data fait appel à de nouveaux besoins et usages : la compréhension, le savoir, la comparaison et la compétition. Non seulement nous sommes créateurs de nos données, mais nous sommes aussi lecteurs de celles des autres. Nos attentes et besoins en terme de lectures numériques se sont considérablement transformés. Aujourd’hui, nous souhaitons davantage de la data rapide et synthétique afin d’en lire le plus possible. L’émergence du datajournalisme au sein des plus grands quotidiens français, conjugué avec une utilisation plus importante des infographies pour décrire une situation politique ou économique, nous interroge sur nos comportements de lecture et d’analyse des médias. La consommation de l’information mute vers une consommation de la donnée. Le datajournaliste britannique David McCandless mesure toute l’importance de prendre du recul par rapport aux données brutes pour en réaliser des datavisualisations. « On change d’échelle, il y a toujours des informations, mais elles sont davantage liées entre elles. Le savoir, c’est cela : c’est la connexion des informations entre elles ».Demain, il est possible que nous cherchions à apprivoiser ce qui n’est pas mesurable aujourd’hui, comme l’humeur, la conviction ou la motivation. Déjà, certains Curriculum Vitæ prennent la forme d’infographies regroupant et croisant l’ensemble des données brutes maîtrisables et exploitables sur soi-même.

 

La donnée synthétique

L’utilisation des smartphones et tablettes a transformé notre rapport à la lecture et à la recherche d’informations. En effet, le besoin d’une donnée synthétique et compréhensible est devenu un nouveau mode de consommation de la data. 

Par l’intermédiaire des brèves informatives, les lecteurs d’aujourd’hui sont devenus de véritables experts en veille informationnelle. Cette dernière se définit comme l’ensemble des stratégies mises en place pour rester informé tout en y consacrant le moins de temps possible et en utilisant des processus de signalements automatisés. Parler de veille informationnelle pour l’utilisateur mobile est encore récent. En réalité, elle s’est démocratisée jusqu’à devenir un comportement social quotidien notamment par le biais du smartphone. En tant que consommateur de la donnée, l’utilisateur d’interfaces mobiles a presque ritualisé son rapport à l’information. De par cette activité continue et itérative, il réalise aussi bien une veille passive, permettant la récolte de données de manière massive (notamment par le biais des notifications), qu’une veille active, favorisant la recherche précise d’informations. 

Il est possible d’envisager un tel comportement avec d’autres TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) comme l’ordinateur ou les objets connectés. Ce type de comportements n’est donc pas spécifique au smartphone : il est simplement plus visible dans notre quotidien. Le besoin d’une donnée synthétique est inhérent à cette nouvelle consommation de l’information.

 

Toutefois, cela ne nous empêche pas de créer une quantité particulièrement importante de data. à tel point qu’aujourd’hui, les scientifiques tendent à reconsidérer les fonctions de l’ADN humain non plus comme une simple mémoire de notre patrimoine génétique, mais comme une mémoire de nos données numériques. 

Selon Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schönberger, respectivement journaliste et professeur à l’université d’Oxford, « la masse d’informations disponibles est telle que, si on la répartissait entre tous les Terriens, chacun en recevrait une quantité 320 fois supérieure à la collection d’Alexandrie : en tout, 1200 exaoctets (millions de téraoctets). Si on enregistrait le tout sur des CD, ceux-ci formeraient cinq piles capables chacune de relier la Terre à la Lune ». Le théoricien Russel L. Ackoff avait lui remarqué qu’à partir d’une certaine masse de données, la quantité d’information baisse et devient mathématiquement nulle. C’est la traduction algébrique de l’adage « trop d’informations détruit l’information ». Cette réflexion arithmétique se vérifie dans la sélection et le traitement numérique de la donnée. Elle est d’autant plus complexe et aléatoire lorsqu’il s’agit de l’humain, car l’information devient alors tributaire de l’attention, ainsi que de l’ensemble des facteurs affectifs et émotionnels. Par conséquent, chez l’homme, l’information devient d’abord une raison puis une motivation. Une information dénuée de sens est inutile pour le récepteur humain, même si elle est acceptable pour un robot. 

De même, une information chargée de sens, mais non animée par une énergie psychologique est stérile.

 

Dans le processus qui mène de la donnée à l’action chez l’homme (données > information > connaissance > sens > motivation), seules les deux premières étapes sont prises en compte dans la formulation de la théorie de l’information classique. Comme le confirme le théoricien de l’information Kevin Bronstein, l’ordinateur ne définit l’information que selon deux valeurs : le nombre de bits et l’organisation des sèmes (unité minimale de signification en linguistique). à contrario, le psychisme fait intervenir des facteurs dynamiques tels que la passion, la motivation, le désir ou encore la répulsion, qui donnent vie à l’information psychologique. Le besoin croissant de comprendre la donnée en un instant provoque l’apparition massive d’une nouvelle attente : la rapidité, à la fois d’un point de vue technologique, mais également vis-à-vis de la donnée.

 

La donnée instantanée

Il n’est pas rare de voir des personnes perdre leur self-control face à un ordinateur trop peu réactif. Une étude réalisée par Crucial, agence spécialisée dans les problématiques de stockage et mémoire numérique, indique que près d’un Français sur deux avoue avoir déjà agressé physiquement ou verbalement son ordinateur au cours des six derniers mois. Par ailleurs, 62,4 % des Français se sentent énervés lorsque leur ordinateur fonctionne mal et 26,4 % se sentent impuissants. D’autres études tendent à démontrer que nous sommes autant impatients vis-à-vis de l’accès à l’information que lors de la lecture de la donnée elle-même.Il est aujourd’hui primordial d’appréhender l’immédiateté de la data. L’étude de Phocuswright pour Travel Site Performance révèle que 8% des visiteurs d’un site de voyage abandonneront leur navigation si une page met entre 1 et 2 secondes à s’afficher. Si le chargement de la page persiste une seconde de plus, ce chiffre grimpe à 16%, puis à 31 % entre 3 et 4 secondes et enfin à 43 % lorsque le temps d’attente dépasse les 4 secondes. L’analyse de l’expérience utilisateur démontre donc qu’aujourd’hui, le temps de réponse est devenu une donnée ergonomique essentielle. Jean-François Nogier, spécialiste en ergonomie et webdesign, indique que « le temps de réponse influe sur l’utilisabilité du logiciel de deux manières. D’une part, c’est un facteur de stress. L’anxiété de l’utilisation augmente lorsque le temps de réponse s’allonge et qu’aucun affichage ne l’informe des traitements en cours. […] D’autre part, le temps de réponse alourdit la charge de travail, car il oblige l’utilisateur à faire des efforts pour conserver en mémoire les informations nécessaires pour continuer sa tâche ». Jakob Nielsen, également spécialiste dans l’ergonomie informatique, ajoute que « la réactivité d’une interface optimise les performances de l’utilisateur qui n’a pas à faire d’effort de mémorisation, tout en lui donnant la sensation d’avoir le contrôle. Après une seconde, l’utilisateur a l’impression d’attendre. Un temps de chargement de quelques secondes sur un site suffit donc à lui donner une mauvaise impression. Si l’attente se répète, l’utilisateur risque de quitter le site ».Selon le psychiatre Jean Cottraux, « nous vivons dans une culture de l’impulsivité de la génération zapping ». L’impatience est donc aujourd’hui un phénomène à prendre en compte lors de la diffusion de la donnée. Nous consommons de la data à tout moment, n’importe où, rapidement et en grande quantité. L’ensemble de ces comportements oblige les entreprises à repenser les contenus, les outils et les services liés au numérique. 

La datavisualisation fait partie de ces nouveaux moyens pouvant répondre à ces besoins sociaux émergents : la rapidité et l’accessibilité.

La compréhension de la donnée

Dans son ouvrage « Internet rend-il bête ? », l’auteur américain Nicholas Carr questionne l’impact de l’environnement électronique sur notre état mental et notre comportement social. Notre cerveau, extrêmement façonnable, se familiarise très vite aux nouvelles technologies. Avant la révolution numérique, il s’est ainsi adapté à la naissance de l’écriture puis de l’imprimerie. Notre activité cérébrale s’est peu à peu transformée. Nous ne sommes pas moins intelligents, nous pensons différemment . En 2009, Gary Small, chercheur à l’Université de Californie, a comparé l’activité cérébrale d’internautes novices à celle d’internautes chevronnés lorsqu’ils utilisent un moteur de recherche. Il s’est ainsi aperçu que les plus expérimentés stimulaient plus de zones de leur cerveau.

La numérisation de notre quotidien a transformé notre cerveau de plusieurs manières. En 2011, le professeur Betsy Sparrow et son équipe de psychologues de l’Université de Colombia ont démontré que notre cerveau enregistre plus facilement le chemin pour aller chercher une information que l’information elle-même, ce qui prouve que notre mémoire visiospatiale (capacité à se souvenir du chemin emprunté dans l’espace) a été améliorée. Cependant, il ne faut pas négliger que la modélisation cognitive d’une information mnésique reste plus difficile à construire. En effet, l’usage d’Internet rend la mémorisation à long terme plus délicate. La multiplication des tâches simultanées est en passe de devenir une pratique cognitive puissante dans cet environnement digital. Néanmoins, plusieurs études ont démontré que notre cerveau n’est pas totalement prêt à gérer le multitâche.On peut alors s’interroger sur le rôle d’Internet dans l’amélioration de nos capacités cognitives. Les travaux de Jérôme Dinet, professeur en psychologie, montrent que les individus les plus connectés seraient les plus aptes à modifier leurs mécanismes mentaux et leurs connaissances afin de s’adapter à des situations nouvelles. Francis Eustache, directeur de recherche à l’INSERM, se demande si « les internautes ne vont pas développer de nouvelles compétences leur permettant de rendre plus performante leur mémoire de travail dans ce type de situation. Ce n’est pas du tout impossible, notamment en développant des stratégies rapides qui leur permettent d’ordonner l’importance des informations à mémoriser ».

 

La transmission et la mémorisation des connaissances sont elles aussi bouleversées à cause de la masse de data accessible en ligne. « La profusion d’informations sur Internet peut être un leurre, car la connaissance a besoin d’être appropriée et pas simplement disponible. Avoir à portée de souris des bibliothèques ou des sites remplis de théorèmes de mathématiques ne se substituent pas à la connaissance acquise » souligne Emmanuel Sander, professeur en psychologie. Or, Internet ne semble pas favoriser pas cette acquisition. Au contraire, les nouvelles technologies occasionnent un problème nouveau à l’attention, processus cognitif indispensable à l’apprentissage. Il est en effet difficile pour notre cerveau de faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Il est particulièrement compliqué de fixer son attention durant un processus d’apprentissage. Pour qu’Internet puisse être bénéfique à l’apprentissage, des chercheurs comme Nicole Boubée de l’université de Toulouse, ou encore Jean-François Rouet, Directeur de recherche au CNRS, pensent qu’il est nécessaire de prodiguer une éducation et une pédagogie du web. La datavisualisation peut ainsi être envisagée comme une solution permettant la transmission et l’apprentissage des données importantes.

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